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Ariane Buisset

LA SOCIÉTÉ THÉOSOPHIQUE [1]

Extrait du n° 37 de la revue Info-Yoga (Avril-Mai 2002).


DÉSIREUSE de savoir où en était aujourd'hui la Société théosophique, j'allai interroger la secrétaire actuelle de la section française, Mme Audoin, qui me reçut avec énormément de gentillesse. Elle me rappela d'abord quelques faits: créée par Héléna Blavatsky, à la fin du XIXe siècle, la Société théosophique fut la première organisation désireuse de transmettre la sagesse universelle des maîtres de toutes les traditions, notamment hindous, bouddhistes, etc. Ceux-ci vivant, pour la plupart, dans les Himalayas, la transmission de leurs enseignements occultes avait lieu par la voie de médiums (dont Mme Blavatsky) en état de méditation. La Société théosophique, qui fit énormément pour redonner aux religions orientales leur fierté (entamée par la colonisation ou ensevelie sous les conventions et le rituel), connut son plus grand essor au début du XXe siècle, sous la direction d'Annie Besant et de C.W. Leadbeater, qui adoptèrent un jeune brahmane du nom de Krishnamurti. Le siège de la société se trouvant en Inde, à Adyar (près de Madras), c'est là que le futur instructeur du monde grandit. On créa pour lui une branche spécifique de la société, appelée l'Ordre de l'Etoile, qu'il décida de dissoudre en 1929, renvoyant tous ses disciples chez eux. Après cette rupture, la Société théosophique fut dirigée tantôt par des gens tournés encore plus vers l'occulte, dont l'enseignement était opposé à celui de K. (par exemple G. Arundale), tantôt par des gens qui lui étaient tout à fait favorables et l'approuvaient (des Indiens comme Jinarajadasa, Sri Ram et surtout Mme Radha Burnier, qui avait joué avec K quand elle était petite fille).

Même après le départ de K., la Société théosophique s'arrangea toujours pour faire coïncider la date de ses conventions avec celle de ses entretiens à Adyar, afin que les participants puissent aller d'un groupe à l'autre. Beaucoup suivaient les deux enseignements à la fois. Une chose est certaine, K. manifesta toujours l'amour le plus sincère vis-à-vis de sa mère adoptive, Mme Annie Besant, une femme d'une immense envergure, qui s'engagea politiquement dans toutes les luttes de l'Inde (pour l'indépendance, l'éducation, le renouveau religieux, etc.). A l'époque où l'intérêt de la Société théosophique pour l'occulte frisa le ridicule, Annie Besant était très âgée et commençait à perdre la mémoire (elle mourut peu après la rupture) et la direction effective de la société était en train de passer dans d'étranges mains. En effet, G. Arundale et C.W. Leadbeater avaient décidé de devenir évêques de la très bizarre Eglise catholique libérale, de mettre au point de nouveaux rituels et de désigner les douze apôtres du futur instructeur du monde (et éventuellement d'en désigner un autre, si le premier continuait à décevoir.)

Ces extravagances exaspérèrent K. Pour lui, quelque chose d'immense, de sacré et d'indescriptible (l'énergie impersonnelle et sans forme de la compassion) était réduite à des figures bouffonnes et à des apparitions. La figure du Bouddha Maitreya servait de munitions dans une lutte pour le pouvoir, menée par des individus égarés, avides d'être encensés et indignes d'enseigner. Quand la Société théosophique reprit un tour plus sérieux, K. fut reçu à nouveau officiellement à Adyar en 1982 par Radha Burnier (son amie). Il donna à nouveau à tous l'assurance de sa reconnaissance envers ses parents adoptifs. Aujourd'hui, comme jadis, la Société théosophique est divisée en de nombreuses branches qui étudient chacune ce qu'elles veulent, dans la plus grande liberté (ésotérisme chrétien, science du yoga, figures de Dieu, énergies dans l'univers, etc.) Le secrétaire de chaque section est élu pour trois ans par les membres de sa section. Il y a des branches dans de nombreux pays (USA, 4 000 membres environ, Italie, 1 000, France 400, etc.) La Société théosophique fonctionne grâce à l'argent des cotisations annuelles, très modiques, et à quelques donations, mais beaucoup de ses membres travaillent bénévolement, parfois très dur, comme ceux (et surtout celles) qui ont à charge d'éditer les livres et s'occupent de tout, à deux ou trois (lecture des manuscrits, corrections, comptabilité, etc.).

La Société théosophique a aujourd'hui du mal à survivre, pour plusieurs raisons. D'abord, la rupture avec K. a partagé les membres (K. a de son côté fondé de nombreuses institutions, dont il n'était qu'un administrateur comme les autres, écoles, maison d'édition, lieux de retraites). Ensuite, la société, qui avait le monopole d'un certain enseignement tourné vers l'Orient, s'est vue concurrencée au XXe siècle par des centaines d'organisations similaires, par la vague new âge et par l'arrivée, en chair et en os, de très nombreux maîtres bouddhistes, hindous, taoïstes, soufis, etc. (sans parler des maîtres d'arts martiaux). Au début du XXe siècle, seule la Société théosophique, en vraie pionnière, pouvait répondre à une certaine demande. Aujourd'hui, le marché est presque saturé, et les maîtres ne parlent plus par la voix de médiums, ils arrivent directement d'Inde, du Tibet, du Japon, etc. On peut aussi, grâce aux progrès des transports, aller les voir sur place dans leur pays et lire dans des traductions accessibles les grands textes sacrés, qui n'étaient connus jadis que de seconde main, par une poignée d'érudits.

La Société théosophique a sans doute encore un rôle à jouer, dans le sens où elle publie des livres de sagesse universelle de manière très ouverte et, contrairement à certains éditeurs, sans penser en termes exclusifs de profits et de tirage. Elle a publié notamment certains livres d'Alexandra David-Neel sur le Tibet ainsi que la Réconciliation, essai sur l'unité cachée des religions de l'auteur de cet article, bien que celle-ci ne fasse partie d'aucun groupe en vue (merci!). L'enseignement de la Société théosophique est surtout fondé sur des conférences et des groupes d'étude, aiguisant la réflexion intellectuelle. Il ne comporte pas de travail direct sur le corps, la méditation, le rituel etc. Ses membres actuels ont le plus grand respect pour K., qui demeure une de leurs principales références. Il se pourrait bien (aux dires de la secrétaire actuelle) qu'ils le comprennent mieux aujourd'hui que de nombreux de ses disciples récents n'ayant eu aucun lien avec la Société théosophique. C'est fort possible! Dans le domaine spirituel, les premiers sont souvent les derniers!

Ariane BUISSET.


Notes et références

  1. N.B. il existe, en plus de la Société théosophique située 4 square Rapp 75007 Paris (mail ediadyar@noos.fr), une Loge unie des théosophes créée en 1909 aux USA et en 1928 en France, après la mort d'Héléna Blavatsky, dans le but de préserver son enseignement et n'ayant donc pas de rapports avec les événements liés à Krishnamurti (site http://www.theosophie.fr).


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